*13*

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Après ce que venait de me dire le médecin, j'étais décidée à aller parler à Antoine. Cette fois il devrait m'écouter. Mais je n'arrivais pas à empêcher mes larmes de couler. Je me sentais responsable de sa maladie. Lui qui si longtemps m'avait protégé se retrouvait maintenant dans la position inverse.
Après une heure à traîner dans l'hôpital, je me rendis dans la chambre d'Antoine.

Elysabeth :
Antoine ? Je peux entrer ?
Antoine : Oui mais pas longtemps je suis fatigué.
Elysabeth : Comment te sens-tu ?
Antoine : Tu devrais éviter les questions d'usage et aller droit au but. Comment veux-tu que j'aille ? Je vais être cloué pendant une semaine voire plus sur un lit d'hôpital.
Elysabeth : Je t'avais dit qu'ils n'étaient pas fréquentables.
Antoine : Je me disais aussi qu'il y avait une autre raison à ta venue. Tu voulais me faire la morale. Qui es-tu pour pouvoir juger de mes fréquentations ? Est-ce que tu les connais ? Je ne pense pas. Je n'ai jamais jugé ton Thomas. Je n'ai jamais dit de choses désagréables à son sujet. Une maladie sexuellement transmissible ça peut arriver à tout le monde. Peut-être que tu finiras aussi par en chopper une avec ton Apollon. Une fois qu'ils seront prévenus et qu'ils seront soignés, il n'y aura aucune raison pour que je ne les vois plus. Ils sont mes amis. Ils ne m'ont pas abandonné.

La dureté de ses paroles et la froideur de son ton m'avait glacé le sang. Ainsi il me jugeait en partie responsable de son état. Et ce changement s'était fait sous mes yeux sans que je ne m'en aperçoive. Ma nouvelle vie effaçait peu à peu l'ancienne. Mais seul Antoine m'y rattachait. Qu'allais-je devenir sans lui ?
Mais alors que je m'apprêtais à sortir il me rattrapa.

Antoine :
Elysabeth! Excuse-moi. Je ne voulais pas être dur avec toi. Mais je les aime et même s'ils sont spéciaux je ne peux pas te promettre de ne plus les revoir. Mais avant tout j'ai besoin de toi. Tu es comme ma petite soeur. Pardonne-moi.
Elysabeth : Tu devrais aller te reposer. Je reviendrai demain. Le médecin a prévenu tes parents et ils vont arriver. Je préfère m'en aller et éviter ta mère.
Antoine : Tu me promets de revenir demain ?
Elysabeth : Est-ce que toi tu me promets de ne plus les revoir ?
Antoine : Je ne peux pas.
Elysabeth : Alors je ne peux pas te promettre de revenir demain.

Je sentais que j'avais été dure avec lui. Mais il m'avait blessée. Mes yeux s'embuèrent de larmes et quand je fus installée dans le taxi je me mis à me vider de toutes les larmes de mon corps. Notre amitié s'était fissurée et je priais pour que cette fissure ne s'agrandisse pas. Cependant je savais que rien ne serait plus comme avant.

# Posté le jeudi 22 mars 2007 13:16

*14*

*14*
Plusieurs semaines étaient passées depuis le séjour à l'hôpital d'Antoine et nos relations s'étaient nettement refroidies. Nous ne nous voyions plus que rarement et la distance qui nous séparait grandissait de plus en plus. J'avais peur de le perdre.

Alors qu'un jour j'avais décidé d'aller lui rendre visite pour repartir sur de bonnes bases, je le surpris avec elle, Emily Cage. Elle et son frère étaient responsables de sa maladie qui n'était pas encore totalement soignée. Il avait promis à sa famille de ne plus les fréquenter. Je savais qu'il ne pensait pas un mot de ses promesses mais je fus choquée de le voir s'afficher avec elle. Ils riaient tous les deux et avaient l'air de deux amis très proches. Je sentis tout le poids de ses dernières semaines s'abattre sur mes épaules lourdement. Je comprenais enfin pourquoi il avait mis de la distance dans nos rapports : c'est parce que c'était elle qui m'avait remplacée. Elle avait pris ma place dans son coeur et dans sa vie.

Je restai plantée à les regarder pendant un long moment puis je finis par me rendre à l'évidence : mon amitié avec lui était finie. Vingt ans d'amitié et de complicité réduis au néant. Alors que je voyais mon ami me quitter, je décidai qu'il était temps de me reprendre en main. La séparation d'avec Antoine marquait un tournant dans ma vie. Il fallait que j'accepte le changement, que je sorte du cocon douillet que m'avaient fabriqués mes parents.

Déterminée à changer de vie et à en recommencer une nouvelle, je décidai d'aller trouver mon père pour lui dire toute la vérité.
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# Posté le lundi 26 mars 2007 13:02

Modifié le mercredi 28 mars 2007 13:51

*15*

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Le long du trajet me reconduisant chez moi j'essayais de garder ma détermination au plus haut point. Je ne devais pas abandonner. Je franchis le seuil de la maison déterminée et sûre de moi. Le sort en était jeté, "alea jacta est".

Elysabeth :
Papa ? Il faut que je te parle.
Georges : Que se passe-t-il ?
Elysabeth : C'est à propos de quelquechose qui se passe dans ma vie depuis plusieurs mois.
Georges : Tu devrais être plus brève. J'ai rendez-vous avec Célestine Monfort. Elle veut me voir.

Elle lui avait donné rendez-vous pour tout lui raconter. J'avais bien fait de prendre les devants.

Elysabeth :
Il y a six mois j'ai rencontré un homme. Il s'appelle Thomas.
Georges : Elysabeth tu sais très bien que je déteste les blagues.
Elysabeth : Ce n'est pas une blague. Je suis tombée amoureuse de cet homme et il m'aime aussi.
Georges : Rassure-moi et dis-moi qu'il est de notre quartier.
Elysabeth : Non. Il habite de l'autre côté de la ville. Il est enseignant et père d'une petite fille de dix ans. Sa femme est morte l'an passé.
Georges : Tu te fiches de moi Elysabeth ?
Elysabeth : Non. C'est la vérité.
Georges : Ma fille n'aurait jamais fait une chose pareille. Tu déshonores notre famille. Cet homme n'est pas pour toi. Il est hors de question que tu continues de le fréquenter.
Elysabeth : Tes menaces ne changeront rien. Je l'aime et je me fiche que sa situation de famille ne te plaise pas. Moi je l'aime pour ce qu'il est et non pas pour ce qu'il a.
Georges : Change d'attitude. Tu ne le verras plus jamais. Tu m'entends ? Tu vas mettre un terme à cette relation.
Elysabeth : Il en est hors de question.
Georges : Soit tu le quittes, soit tu fais tes bagages.


Je savais qu'il n'accepterait pas cette relation. Mais il avait été formel. Je courus dans les escaliers et je fis mes valises en vitesse. Ma mère essaya par tous les moyens de me retenir mais j'en avais assez entendu. Je ne pouvais pas vivre sans Thomas.

Elysabeth :
Ce n'est pas la peine d'aller voir Célestine. Tu sais déjà tout de ce qu'elle voulait te dire.

C'est sur ces dernières paroles que je quittai la maison de mon enfance, mon ancienne vie et mes parents. J'avais mon avenir entre mes mains.
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# Posté le lundi 26 mars 2007 13:28

Modifié le lundi 26 mars 2007 13:38

*16*

*16*
J'avais passé plusieurs jours à l'hôtel après avoir tout plaqué. Je disposais depuis ma naissance d'un compte qui était bien rempli. De plus, étant majeure, mon père ne pouvait plus y toucher. J'étais à la tête d'une belle petite fortune. Je voulais quitter l'hôtel et avoir mon chez-moi. D'autant plus que l'automne approchait et que je n'avais emporté que très peu de vêtements chauds et plus vite installée, plus vite je pourrais me refaire une garde-robe. Alors que je cherchais une maison, je reçus un coup de téléphone de ma mère.

Raymonde :
Elysabeth. C'est maman.
Elysabeth : Maman ? Si tu m'appelles pour me dire de revenir c'est perdu d'avance.
Raymonde : Non ce n'est pas pour cela. C'est pour t'annoncer une nouvelle.
Elysabeth : Que se passe-t-il ?
Raymonde : Je t'ai trouvé un endroit pour vivre. Une maison qui te convient parfaitement.
Elysabeth : Comment ?
Raymonde : Tu as très bien entendu. Les papiers sont signés. La maison est payée depuis longtemps. Il ne te reste plus qu'à emménager. Elle est déjà meublée mais tu peux changer si tu n'aimes pas.
Elysabeth : Où est-elle cette maison ?
Raymonde : C'est la maison de ta grand-mère.

Cette maison représentait beaucoup aux yeux de ma mère. Sa mère, ma grand-mère, lui avait léguée peu avant sa mort. Ma mère s'était jurée de ne jamais la revendre et de venir y passer des journées. Cette maison était à la périphérie de la ville et il y faisait bon vivre. J'avais toujours aimé cet endroit quand j'étais petite. J'aimais beaucoup la décoration de style marocain. C'était l'âme de ma grand-mère qui habitait cette maison et le geste de ma mère me touchait beaucoup.

Elysabeth :
Pourquoi fais-tu ça ? Je sais que tu tiens beaucoup à cette maison et que tu ne voulais plus que quelqu'un y habite.
Raymonde : Oui je sais. Mais qui de mieux que ma fille pour y vivre ? J'ai réfléchi et j'ai voulu qu'elle ait une deuxième vie. Ta grand-mère aurait beaucoup aimé que tu y vives. Et là bas tu seras tranquille.
Elysabeth : Est-ce que papa est au courant ?
Raymonde : Oui et comme il n'a aucun droit sur cette maison il ne peut rien dire.
Elysabeth : Pourquoi est-ce que tu me facilites la tâche ?
Raymonde : Je veux tout simplement que tu sois heureuse. Tu as trouvé un homme que tu aimais et je veux que tu profites de cette chance. Tu n'as pas eu à épouser ton Antoine comme prévu, moi j'ai épousé le mien. Je n'ai pas eu la chance de vivre avec mon grand amour. Et pourtant je l'avais rêvé. Alors je ne veux pas que tu te gâches la vie à courir après un rêve perdu. Alors vis ma chérie et ne t'occupes plus de ton père. Il ne pourra jamais le comprendre.
Elysabeth : Merci Maman.
Raymonde : Allez prépare toi. Et quitte ton hôtel. On se retrouve devant la maison.

Ma mère venait de me faire la plus belle déclaration possible. C'était la première fois. Nos liens allaient enfin pouvoir se tisser.
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# Posté le mercredi 28 mars 2007 13:25

Modifié le mercredi 28 mars 2007 13:56

*17*

*17*
La maison était grande et ma mère y avait fait construire une piscine. J'allais probablement me sentir seule ici mais je me disais que Thomas pourrait venir me rendre visite plus souvent. Je courrus pour arriver devant ma nouvelle demeure. Elle était telle que dans mon souvenir. Et cette maison, dont je connaissais les recoins par coeur, était devenue la mienne. J'aperçus ma mère qui me fis signe.

Raymonde :
Elysabeth ! Je suis là !
Elysabeth : Oui je t'ai vu. Je suis si heureuse maman. Je pensais qu'il allait me falloir des semaines avant de trouver la bonne maison. Je ne pouvais pas imaginer que j'allais l'avoir en si peu de temps. Elle est parfaite. Merci du fond du coeur.
Raymonde : C'est normal ma chérie. Je suis ta mère, je me dois de t'aider. Et cette maison n'attendait que toi. Tu vas lui donner une deuxième jeunesse. Je ne te cache pas qu'il va peut-être falloir refaire quelques travaux mais rien de trop grave.
Elysabeth : Je vais être tellement bien ici. Je me sens déjà chez moi. C'est le plus merveilleux des cadeaux. Merci encore et encore.
Raymonde : N'oublie pas de pendre la crémaillère !!!
Elysabeth : Non ne t'inquiètes pas. Tu viendras me voir régulièrement ?
Raymonde : Evidemment. Je ne vais pas abandonner à la fois ma fille et mon endroit préféré.
Elysabeth : Je vais pouvoir vivre la vie dont j'ai toujours rêvé.
Raymonde : Je n'ai pas été une bonne mère pendant vingt ans alors il est temps que ça change. Tu m'as fait réaliser que c'était toi qui avais raison. Tu vas à la fois réaliser ton rêve et le mien alors ne te trompes pas de voie. Je t'aime Elysabeth même si je ne te l'ai pas assez montré. Tu es la personne que j'aime le plus au monde.
Elysabeth : Je t'aime aussi Maman.
Raymonde : Allez rentre chez toi. Il commence à pleuvoir.
Elysabeth : Tu ne veux pas entrer avec moi ?
Raymonde : Non, je te laisse découvrir par toi même. Je reviendrai très vite. A bientôt ma chérie.
Elysabeth : A bientôt Maman.

Et c'est sous la pluie que je franchis le seuil de ma nouvelle vie.
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# Posté le mercredi 28 mars 2007 13:42