*28*

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J'avais fixé rendez-vous à Thomas chez moi. Il était arrivé avec son habituelle demie heure de retard.

Thomas :
Bonjour ma belle. Tu voulais me voir ?
Elysabeth : Tu ne remarques rien d'inhabituel ?
Thomas : Je dirai que tu as un peu grossi mais je te trouve plus jolie ainsi.
Elysabeth : Mais tu es con ou quoi ? Je n'ai pas grossi, je suis enceinte.
Thomas : Quoi ? Tu as dit quoi ? Tu es quoi ?
Elysabeth : Enceinte. Je suis enceinte. Et c'est de ta faute.
Thomas : Tu m'excuseras mais il faut être deux pour en arriver là. Tu l'as fait expres hein ? C'est le seul moyen que tu as trouvé pour me garder auprès de toi ...
Elysabeth : Parce que tu crois que j'ai envi d'avoir un enfant à 21 ans ? Tu crois que j'ai envi qu'on m'appelle maman ?
Thomas : Ca date de quand ?
Elysabeth : Un mois et demi.
Thomas : Tu vas bien m'écouter Elysabeth. Je ne veux pas m'impliquer dans cette histoire. Je ne veux pas de cet enfant.
Elysabeth : Que tu le veuilles ou non, tu es son père.
Thomas : Je ne suis le père que de Juliette. Tu m'entends ? Je ne veux rien avoir à faire avec toi. Tu n'as jamais fait parti de ma vie, je ne sais pas qui tu es. Je ne veux plus entendre parler de toi ni ce putain de bébé à la con.
Elysabeth : Parce que tu crois que j'ai envi moi d'avoir un enfant dont tu seras le père ? Tu crois que je veux être toute ma vie liée à un homme comme toi ?
Thomas : Tu n'as jamais compté pour moi. Tu n'étais qu'un divertissement. Alors dégage et fous moi la paix avec ton bébé.

Il avait quitté ma maison en vociférant tout un tas d'insultes à mon sujet. Je m'étais lancée à sa poursuite pour essayer d'avoir une conversation plus constructive. Mais alors que je courrais, je tombai après avoir glissé dans la neige. J'avais imploré son aide. Je l'avais vu se retourner mais après tout était devenu noir.

# Posté le lundi 23 avril 2007 06:33

*29*

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Une femme qui passait dans la rue avait appelé une ambulance et j'avais été transférée aux urgences. Ainsi Thomas m'avait vue tomber mais il n'avait pas pris la peine de m'aider.

Raymonde :
Je savais que je te trouverai ici.
Elysabeth : Les médecins m'ont conseillée de me balader. Il m'a semblé évident de venir ici.
Raymonde : Ne t'inquiète pas ma chérie. Ca va aller. Je resterai auprès de toi pour t'aider à surmonter tout ça.
Elysabeth : Non Maman. Je préfère rester seule pour faire mon deuil. Je sais que je n'attendais pas cet enfant depuis longtemps et que je ne voulais pas devenir mère si jeune mais le fait de le perdre ... je ne sais pas ... je ne sais plus ...
Raymonde : Tu y étais quand même attachée et tu pleures ton enfant. Tu as les larmes de la mère qui ne verra pas son enfant grandir.
Elysabeth : C'était mon bébé. Mon petit garçon ou ma petite fille. C'était le mien et là il n'est plus là et je me sens seule. Je le voulais ce bébé parce que je l'aime encore.
Raymonde : Tu aimeras ce bébé toute ta vie malgré sa disparition trop précoce. Une fausse couche est toujours difficile à vivre.
Elysabeth : Je ne te parlais pas du bébé ...
Raymonde : Tu dois pourtant oublier Thomas. Il t'a trahie et il t'a laissée inconsciente dans la neige. Il n'a pas cherché à t'aider.
Elysabeth : Je le sais tout ça mais je l'aime. Il est mon premier amour, le moteur de mon indépendance et il est le père de cet enfant que je n'aurai jamais.
Raymonde : Alors ma chérie tu as un double deuil à faire.
Elysabeth : Je sais. Je me sens idiote de l'aimer et de pleurer ce petit être qui ne dépassait pas les 2cm.
Raymonde : Ne t'inquiète pas ma belle. On va s'occuper de toi. On ne te laissera pas seule dans cette épreuve.
Elysabeth : Je veux rentrer à la maison. Emmène moi chez moi Maman. S'il te plaît.
Raymonde : Je vais signer ton autorisation de sortie.

Ma mère m'avait déposée devant chez moi. J'avais préféré rester seule. La neige fondait et les premiers rayons de soleil du printemps apparaissaient. Ma maison me paraissait vide. Tout me semblait vide. J'étais vide de tout. Je mis un mois à me reprendre en main.
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# Posté le lundi 30 avril 2007 10:07

*30*

*30*
J'avais mis un mois à reprendre confiance en moi et à reprendre goût à la vie. J'avais reçu de nombreux coups de téléphone mais je ne répondais qu'à ceux provenant de ma mère. Je ne voulais pas entendre les gens s'appitoyer sur mon sort. Je n'avais pas besoin qu'on remue ma tristesse encore plus.
Et puis j'avais décidé de sortir. Juste quelques heures, le temps de faire du shopping pour parfaire ma garde robe et d'aller boire quelques verres dans un bar.
Claudia et Antoine vinrent me voir en même temps.

Claudia :
On s'inquiétait que tu ne répondes jamais alors on a fini par se décider.
Antoine : Oui on s'est dit qu'après tout tu devais avoir besoin de nous mais que ta fichue fierté t'empêchait de le reconnaître.
Elysabeth : Je suis contente de te voir Antoine. Je pensais que tu m'avais oubliée.
Antoine : Je ne pourrai jamais t'oublier.
Claudia : Navrée d'interrompre de si émouvantes retrouvailles mais je suis là aussi. Alors comment te sens-tu ?
Elysabeth : Ca va. Je vais très bien. Mais vous ne tombez pas au bon moment.
Antoine : Pourquoi ? Tu as un homme caché dans ta maison ?
Elysabeth : Non pas encore.
Claudia : Comment ça "pas encore" ?
Elysabeth : J'ai un rendez-vous.
Antoine : Avec un homme ?
Claudia : Tu devrais me laisser poser les questions, Antoine, les tiennes ne mènent à rien.
Elysabeth : Je l'ai rencontré hier en ville. J'étais sortie pour la première fois depuis un mois et je l'ai rencontré à un bar. Il s'appelle Edouard.
Claudia : Et tu as déjà rendez vous avec lui ?
Elysabeth : Oui. Il est temps que je sorte de nouveau. Je suis restée un mois seule, cloîtrée chez moi. Maintenant je me suis remise de ces évènements et je veux profiter de la vie.
Antoine : Très bien. Nous on voulait te sortir ce soir mais tu n'as pas tellement besoin de nous.
Elysabeth : Si votre visite me fait très plaisir. C'est juste qu'elle tombe au mauvais moment. Je comptais vous téléphoner demain. Enfin téléphoner à Claudia ...
Antoine : Mouais.
Claudia : Je ne pense pas que tu sois prête à voir d'autres hommes. Tu devrais annuler ton rendez-vous et passer la soirée avec nous.
Elysabeth : Non c'est très gentil à vous mais je tiens à ce rendez-vous. J'aime beaucoup ce garçon. Il m'a donnée envi de me faire belle. D'ailleurs est ce que c'est réussi ?
Antoine : Tu es magnifique.
Claudia : Moi je trouve que tu en fais trop. Comme toujours.
Elysabeth : Je ne veux pas vous mettre à la porte mais il ne devrait pas tarder à arriver.
Antoine : Téléphone moi. On a du retard à rattraper.
Elysabeth : J'y compte bien. Je ne te laisserai plus filer.
Claudia : Fais attention à toi.
Elysabeth : Ne t'inquiète pas.

Ils venaient de disparaître de mon champ de vision quand la voiture noire d'Edouard s'engouffra dans ma rue. Il en sortit avec un énorme bouquet de roses. Ma soirée commençait bien.
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# Posté le lundi 30 avril 2007 13:55

Modifié le mercredi 09 mai 2007 09:38

*31*

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Edouard : Tu es magnifique ce soir Elysabeth.
Elysabeth : J'ai mis du temps à me décider pour ce que j'allais mettre.
Edouard : Le choix est le bon.
Elysabeth : Tu es pas mal non plus. Je dirai même que tu es très éléguant.

On était allé dîner au restaurant et la soirée se déroulait merveilleusement bien. Plus je le voyais, plus je m'imaginais construire quelquechose avec lui. J'étais encore très jeune et très naïve à cette époque là. Il était plus âgé que Thomas mais il avait l'air d'apprécier ma compagnie.
On rentra chez moi. Je lui proposai un dernier verre mais il refusa et me déposa devant ma porte d'entrée. Voyant qu'il ne s'approchait pas pour m'embrasser, je fis le premier pas mais il me repoussa.

Elysabeth :
Excuse moi. Je ne voulais pas te brusquer.
Edouard : Je dois rentrer maintenant. Ma femme m'attend.
Elysabeth : Ta ... quoi ?
Edouard : Ma femme. Je lui ai dit que j'avais un dîner d'affaires.
Elysabeth : Un dîner d'affaires ... Et ce dîner pour toi c'est quoi ?
Edouard : Un dîner avec une jeune amie.
Elysabeth : Et donc toute la soirée tu m'as regardée espérer une suite dans notre relation sans jamais me prévenir que tu étais marié.
Edouard : Mais je ne pensais pas que tu voulais quelquechose de sérieux. Tu m'as dit que tu venais de vivre des moments douloureux et je me suis dit que tu avais besoin d'un ami. Rien de plus.
Elysabeth : Oh laisse. Ce n'est rien. Je ne suis pas totalement remise. Excuse-moi de t'embarasser.
Edouard : Ce n'est rien. Tu es une fille bien Elysabeth. Tu mérites de trouver le bonheur.
Elysabeth : Merci. Allez rentre chez toi. Tu as la chance d'avoir quelqu'un qui t'attend.
Edouard : Toi aussi tu auras cette chance. On pourra se revoir à l'occasion.
Elysabeth : On va attendre un peu, juste le temps de me remettre de ma honte.
Edouard : Je suis content de t'avoir rencontrée.
Elysabeth : Moi aussi.

En rentrant, je trouvai la lettre que je n'avais pas ouverte posée sur ma table basse.

"Bonjour ma passagère préférée.
Je suis enfin installé au Canada. Ma femme serait contente de moi. Tout est beau là-bas. Malheureusement les hivers s'annoncent rudes. J'ai reçu une lettre de mon fils. Il veut renouer le contact et il est heureux que j'ai décidé de tenir ma promesse. J'espère vous voir très bientôt chez moi. Peut-être pourriez-vous venir avec votre cher Thomas.
J'espère que les nouvelles sont bonnes de votre côté et que vous êtes heureuse. Gardez une petite pensée pour moi quand vous prenez le taxi.
Amicalement.
Votre chauffeur de taxi préféré, Alain. "


Cet homme était un homme d'exception. Il ne m'avait pas oubliée, il avait tenu sa promesse. Quel coeur d'or! Je rédigeai une réponse à sa lettre lui expliquant ce que je venais de vivre et combien sa lettre me touchait.
Je lui rajoutai en post-scriptum : "Je pense acheter une voiture. Le taxi sans vous, ce n'est plus le taxi! "
Il me donnait plus d'amour que mon propre père.
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# Posté le mercredi 02 mai 2007 13:12

*32*

*32*
Je reprends mon récit trois ans plus tard. Ma vie amoureuse n'avait été qu'une succession d'histoires sans lendemain durant ces trois années. J'avais changé la décoration de mon salon, de ma salle à manger ainsi que de ma cuisine. Le style marocain initial de la maison qui m'avait tant plus avait fini par me rappeler chaque jour passé avec Thomas. J'avais décidé de l'oublier, de changer de vie. Mais cette histoire d'amour avec Thomas avait laissé de nombreuses cicatrices en moi et je me sentais incapable d'aimer à nouveau.

Durant ces trois ans j'avais pris la décision de passer mon permis de conduire. Je ne supportais plus le taxi sans Alain. Une fois le permis en poche, je m'étais achetée une voiture relativement discrète.
Je recevais régulièrement des nouvelles d'Alain et j'étais allée lui rendre visite plusieurs fois au Canada. Je l'aimais beaucoup et il comptait plus à mes yeux que mon propre père.

Un an après ma réconciliation avec Antoine, il avait repris les commandes de l'entreprise familiale. Depuis sa création par Ernest Monfort et mon père, il avait toujours était convenu qu'elle reviendrait aux héritiers mâles. Or Antoine était le seul donc c'était lui qui détenait désormais toutes les responsabilités ce qui permettait à Ernest de profiter pleinement de sa retraite. Antoine se plaisait beaucoup en chef d'entreprise tout puissant et plusieurs fois il m'avait proposé de travailler avec lui. Mais j'avais toujours refusé essayant d'oublier au maximum ce qui me rattachait à mon père.

Claudia avait eu 18 ans et avait passé son bac L. Elle rentrait à la fac à la rentrée prochaine. Elle avait beaucoup grandi. Mais elle était restée fidèle à elle-même. Elle savait que sa mère avait retrouvé son père mais elle ne lui avait toujours pas dit qui c'était. Plus le temps passait et plus Claudia souffrait de ne toujours pas connaître son père. C'était une jeune fille pleine de joie de vivre mais aussi cachant une énorme souffrance. Je l'admirais beaucoup pour sa force et son courage. Elle représentait tout ce que je n'avais su être.

Ma mère avait eu quelques problèmes de santé mineurs et supportait de moins en moins mon père. Je lui avais déjà dit de le quitter mais sa position de femme de la plus illustre famille de la ville l'empêchait de s'y résoudre. Elle n'avait jamais réellement aimé mon père mais elle s'y était habituée.

J'avais appris par le journal que Thomas s'était fiancé à une femme de son âge. J'avais été très peinée sur le coup et puis je m'étais dit que notre histoire était finie depuis trop longtemps pour que je repense encore à lui.

Je sortais beaucoup le soir, je buvais aussi beaucoup. Je dansais jusqu'au bout de la nuit avec des tas d'hommes.
Au moment où je reprends mon récit, j'avais décidé de me reprendre en main.
Trois années étaient passées. Le meilleur arrivait enfin.
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# Posté le dimanche 06 mai 2007 12:46

Modifié le vendredi 11 mai 2007 15:57